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Il est temps de mettre en pratique l’économie de l’immatériel

Écrit par Philippe Collier on . Rubrique: Éditorial

Six ans après le rapport Levy-Jouyet, il est désolant de constater que la perception du rôle et des atouts de l’immatériel dans la transformation de l’économie restent si marginaux et si peu partagés. Manifestement le discours sur l’immatériel, bien que très pertinent et fortement argumenté par de multiples auteurs et chercheurs, ne parvient pas à mobiliser et à susciter l’enthousiasme des politiques.

Hélas, la campagne présidentielle n’a pas été la caisse de résonance espérée pour les idées nouvelles. Le discours économique sur la crise, la rigueur, la croissance est resté relativement figé et stéréotypé, autour de concepts productivistes d’un autre temps, pour ne pas dire, dépassés. Les politiques ont manqué l’occasion de s’inspirer de la vision, de la force et des nouvelles perspectives de relance et de changement que porte en lui l’immatériel.

> Gap culturel
Quels sont les facteurs de blocage qui entravent ce changement de paradigme ? Les raisons sont nombreuses, mais deux nous viennent spontanément à l’esprit :

  • La première concerne le choix même du mot « immatériel ». D’autres analogies plus parlantes sont souvent utilisées, comme les références énergétiques (force, potentiel, levier, énergies renouvelables) ou encore le concept biologique de génome pour désigner cette démarche qui permet de révéler la valeur cachée de l’entreprise et d’améliorer le rendement de son processus de création de valeur ;
  • La seconde serait de profiter du nouveau ministère du Redressement productif d’Arnaud Montebourg pour mettre en place une politique concrète qui s’inspirerait des enseignements de l’immatériel.

Tout d’abord, le mot « immatériel » n’est-il pas trop abstrait ? Il est vrai qu’il manque de consistance et donne l’impression d’une économie virtuelle. Certains y voient même une activité spéculative sur des éléments intangibles. Il en résulterait une image trop éloignée des aspirations concrètes des citoyens. Ceci est d’autant plus paradoxal que l’économie de l’immatériel n’est pas coupée du réel en prenant en considération des actifs physiques comme le capital humain ou les ressources naturelles.

L’autisme dont fait l’objet l’immatériel tiendrait aussi en partie à notre modèle comptable et à l’organisation verticale de l’administration. Jusqu’à présent, la politique industrielle comme les politiques d’incitation ont surtout privilégié, les filières et l’innovation technologique. Alors que l’approche par les immatériels est par nature transversale et globale. Tout l’enjeu serait de parvenir rapidement à concrétiser cette économie de l’intelligence et des savoirs en réseaux qui concerne aussi bien la conception des services, que le développement d’un cycle vertueux de production / consommation capable de s’inscrire dans la durée.

Reste à savoir si l’expertise et l’organisation des services de l’État sont adaptées à cette mutation ? Selon le site « acteurspublics.com », le problème est qu’ « au sein du ministère de l’Économie, les administrations affectées à l’industrie se sont réduites comme peau de chagrin au cours des dernières décennies et se réduisent dans les faits à la direction générale de l’industrie et des services (DGCIS) et au comité interministériel aux restructurations industrielles. » Avant la crise, il avait été question, un moment, de créer une structure interministérielle ou un Haut-commissariat à l’immatériel. Le moment est enfin venu d’expérimenter concrètement ce type de pratiques. <